Se passer de Microsoft

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pourquoi, comment ?

David Monniaux


En octobre dernier, j’ai publié dans le Monde une tribune posant la question de ce que arriverait si le président Trump décidait qu’il voulait sanctionner la France parce que celle-ci ne se soumettait pas à ses demandes, et ordonnait donc aux entreprises américaines du numérique de cesser leurs services à tout ou partie de nos services publics et de nos entreprises.

Cette tribune suscite à nouveau l’intérêt alors que M. Trump vient de sanctionner diverses personnes, dont un ancien commissaire européen, pour avoir contribué à mettre en place une législation européenne qui visiblement déplaît à certains acteurs américains du numérique, notamment des réseaux sociaux. En parallèle, M. Trump somme Emmanuel Macron d’augmenter le prix des médicaments en France (ce qui n’est pas, à ma connaissance, dans les compétences du président de la République française, mais je suppose qu’il se moque bien de ces distinguos constitutionnels) sous peine de hausse des droits de douane sur les produits français.

Une journaliste m’a demandé ce que l’on pourrait faire quant à cette dépendance. Ma première réaction a été qu’avant d’agir, il faut déjà être conscient. Or, cela n’est pas évident. Cela fait 30 ans qu’on alerte sur la dépendance française envers les grands acteurs américains (d’abord Microsoft, puis Google et les autres), sans grand succès. Il faut donc se pencher sur l’échec de ces avertissements.

Une des questions de la journaliste était ce que les alternatives aux produits et services de Microsoft ou autres auraient de « mieux ». Or, justement, les alternatives ne sont souvent pas techniquement « mieux », au sens qu’elles offriraient plus de fonctionnalités ou que sais-je encore. La distinction se fait sur l’éventuelle relation de dépendance qui s’installe ou non, sur la possibilité, par exemple, de se tourner vers un autre fournisseur qui reprendrait le même produit. Il s’agit de questions de licences de logiciel, de disponibilité de codes sources, et tout ceci est peut-être un peu compliqué à expliquer — quelle proportion des décideurs politiques est capable d’expliquer dans les grandes lignes ce qu’est un code source ? La première difficulté est donc possiblement l’ignorance des décideurs du fonctionnement du développement informatique, de quoi les logiciels sont composés ; un peu comme si l’on discutait du transport aérien dans l’ignorance qu’il fonctionne grâce à des produits pétroliers.


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